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HISTORIQUE DES REMPARTS DE SAINT-MALO

 

 

Source : PHILIPPE PETOUT , Conservateur du patrimoine, chargé des musées de la ville de Saint-Malo.

 

Les remparts qui entourent complètement la ville de Saint-Malo intra-muros sur un circuit de 1754 mètres se divisent du point de vue de l’histoire de leur construction en deux grandes périodes : l’enceinte primitive du Moyen Age à la fin du XVIIe siècle et les accroissements réalisés de 1708 à 1744.

 

De l’enceinte primitive, il ne reste plus qu’une portion située à l’ouest de la ville, entre la tour Bidouane et le bastion de la Hollande. Elle est désignée sous nom de Petits-Murs. La tradition les fait remonter à l’époque du transfert du siège épiscopal d’Alet à Saint-Malo de l’Ile par l’évêque Jean de Châtillon, vers 1145. Les traces des créneaux qui couronnaient à l’origine cette première enceinte ont été redégagées lors de travaux de restauration vers 1960 sur une dizaine de mètres près de la Porte Saint-Pierre, sous les mâchicoulis du chemin de ronde. La Grande-Porte, la courtine ouest du château font aussi partie de cette enceinte primitive dont on reconnaît encore des vestiges sur le côté sud de la place Vauban.

 

Enceinte primitive (12e-17e siècles)

 

Très vraisemblablement cette enceinte primtive n’était pas suffisante car en 1308, les habitants qui avaient élu une « commune jurée », proposèrent de restituer la ville à la seigneurie écclésiastique que lorsque la ville serait close. Une nouvelle révolte en 1362 confirme par ailleurs l’existence de la tour « des Champs-Auverts » qui devait se situer à l’emplacement de l’actuelle tour Bidouane. La rétrocession de la ville au roi de France Charles VI, de 1395 à 1415 eut pour conséquences une sérieuse amélioration des fortifications par l’édification dans la partie nord de l’enceinte de l’ancien « Château-Gaillard ».

 

Ce dernier fut démantelé à partir de 1573. Mais c’est surtout le front est donnant sur l’isthme du Sillon avec l’ancienne porte SaintThomas qui retient l’attention des duc de Bretagne avec, en 1424, l’édification du Grand-Donjon, puis à partir de 1475, le projet d’un nouveau château autour de ce dernier. Lors du siège des Français par La Trémouille en 1488, une brèche fut effectuée par l’artillerie dans la partie sud de l’enceinte. Un inventaire de l’artillerie en 1495 donne le nom des ouvrages existants à cette époque : le « moyneau de Grasmollet », la « tour des Champs-Auvert », la « tour du Bez », la « tour du Moulin », le « Poussier Carré », la « tour Saint-Jehan », le « Portail de Ville » et ses deux tours (Grande-Porte), la « tour Dufiel », les tours du château dont une dénommée « tour du Roi » (Petit-Donjon).

 

D’autres améliorations furent réalisées tout au long du XVIe siècle. En 1598, un éperon est édifié à l’angle sud-est de l’enceinte. En 1644, on édifia un bâtiment militaire avec porte en avancée devant la Grand’Porte. Dès 1648, un ingénieur nommé Le Sarazin proposa de joindre la ville à l’îlot du Grand-Bé situé à l’ouest. Les fonds recueillis permirent de transformer la tour Bidouane en poudrière et d’achever le cavalier des Champs-Vauverts qui devint l’arsenal de la ville. A la suite d’un écroulement en 1674, fut encore édifié le gros bastion de la Hollande appelé ainsi parce que sa construction se fit à l’époque de la guerre contre ce pays.

 

En 1686, Vauban estimait que l’enceinte était assez bonne quoique l’ennemi aurait pu brûler la ville en moins de six heures. Le roi ayant finalement été informé de l’insuffisance de la place, Vauban y revint dès 1689 pour proposer un vaste programme d’améliorations. Même s’il provoqua plus d’inquiétude que de dégâts, il fallut toutefois attendre le premier bombardement anglo-hollandais de 1693 pour en accélérer la réalisation. Vauban misait sur l’efficacité des différents forts de mer dont celui de La Conchée et sur le transfert de la ville à Saint-Servan. Il proposa toutefois d’édifier un nouveau mur d’enceinte entre le château et la Grande-Porte et d’y aménager des casernes en souterrain capables de loger 350 hommes. Ce plan fut à l’origine des différents projets d’accroissements qui ne furent réalisés qu’après sa mort en 1707, sous la direction de l’ingénieur Garengeau nommé dès 1689.

 

Les accroissements (1708-1744)

 

Le premier accroissement commencé en 1708 avait pour but de remplacer la portion de l’ancienne enceinte qui suivait les contours de l’ancienne anse appelée « Le Fief » avec la poterne du même nom et l’ancienne tour de la Poissonnerie entre le château et la Grande-Porte. Le nouveau mur d’enceinte et la porte Saint-Vincent furent achevés dès 1709 avec les trente-deux boutiques surmontées de logements aménagés dans l’épaisseur de la muraille. Le terrain ainsi gagné fut partagé en lots vendus auprès des négociants-armateurs qui y bâtirent jusqu’en 1716 vingt grandes maisons et un hôtel. Ceci permit de financer la fortification.

 

Le succès de l’opération conduisit Garengeau à proposer dès 1712 une seconde extension au sud là où Vauban n’avait prévu qu’un simple front bastionné. L’édification de cette nouvelle enceinte se fit avec ses deux bastions Saint-Philippe et Saint-Louis et sa nouvelle porte de la Marine (ou de Dinan) de 1714 à 1719. Le terrain fut partagé sous forme de lots comme dans le premier accroissement auprès des vingt-quatre actionnaires de l’opération, mais l’édification des vingt-huit nouvelles maisons s’étala jusqu’ en 1770.

 

Le troisième accroissement commencé au sud-est en 1721 entre le bastion de Saint-Louis et la Grande-Porte n’est en réalité qu’un prolongement du second, prévu dès 1712 mais ajourné dès l’année suivante par suite de l’opposition des intéressés. Il permit d’achever le nouveau bastion Saint-Louis mais ne donna à partir de 1724 que sept nouveaux lots de terrain à bâtir.

 

Enfin le quatrième accroissement réalisé au nord de 1737 à 1744 ne fut entrepris que pour remplacer une portion de l’ancienne enceinte ruinée par les tempêtes précédentes. Il donna l’actuelle porte Saint-Thomas et la courtine qui la relie au bastion appelé fort La Reine, lequel avait été commencé dès 1694 et surélevé en 1759 jusqu’ à la hauteur du chemin de ronde.

 

Après une dernière rectification entre 1855 et 1864, entre le Fort La Reine et Bidouane, il ne se fit plus aucune transformation notable à l’enceinte de la ville à l’exception du percement des nouvelles portes : Saint-Pierre (1871), Saint-Louis (1874), des Champs-Vauverts (1879), des Bés (1881) et le doublement de celle de Saint-Vincent (1890).

 

N.B. Des visites-découvertes du patrimoine de la ville par guides-conférenciers agréés sont assurées en juillet-août du lundi au vendredi à partir du Grand-Donjon du château (Musée d’histoire de la Ville)

 

Parcours de visite des remparts de Saint-Malo

 

Source : Ville de Saint-Malo – Direction du Développement culturel – Service des Musées

 

Pour le confort des visiteurs, la lumière, les impressions, le mieux est de faire le tour dans le sens

inverse des aiguilles d’une montre en commençant par la porte St-Thomas et en finissant par la porte St-Vincent.

 

De la porte Saint-Thomas à la tour Bidouane

 

La Porte Saint-Thomas, troisième de ce nom, édifiée lors du 4e accroissement de 1737-42 qui donne sur la cale et plage de l’Eventail a conservé les anciens éléments du contrepoids de sa porte. L’escalier conduit sur la courtine d’où la vue embrasse toute la baie jusqu’à la pointe de la Varde. La courtine conduit au bastion du Fort La Reine commencé en 1694 et surélevé en 1758. A ses pieds se trouvent les rochers où explosa la Machine infermale en 1693. La courtine suivante dite du Château-Gailllard ne date que de 1855-64. Elle longe l’Ecole nationale de la marchande dans l’enclos de laquelle se trouvent les restes de l’ancien couvent des bénédictines de la Victoire : chapelle, cloître. Dans l’axe de la courtine, s’aperçoivent le cavalier des Champs-Vauverts et la statue de Surcouf.par Caravanniez (1903)

 

De la tour Bidouane au bastion de la Hollande

 

Avec la tour Bidouane qui remonte au 15e siècle, commence la partie la plus ancienne des remparts dite Petits-Murs. On voit en passant l’échauguette du cavalier des Champs-Vauverts portée sur mâchicoulis et datée de 1652, la tour Notre-Dame, surplombant la plage de Bon-Secours et dans laquelle est percée la porte des Bés ( (îlots du Grand-Bé où est inhumé Chateaubriand et du Petit-Bé avec son fort du 17e s.). Les Petits-Murs rejoignent le bastion de la Hollande (1674), à la hauteur de la porte Saint-Pierre et de l’ancien chenil des chiens du guet.

 

Du bastion de la Hollande à la Grand’Porte

 

Le bastion de la Hollande offre un point de vue magnifique sur la baie et l’entrée de la Rance jusqu’au cap Fréhel. Il s’orne d’ancien canons du 18e s. et de la statue de J. Cartier par Bareau (1905). Depuis le bastion de la Hollande jusqu’à la Grand’Porte, les courtines et bastions qui se succèdent sont celles des deuxième et troisième accroissements (1716-1719) et (1721-1723). La courtine reliant le bastion de la Hollande au bastion St-Philippe surplombe la plage du môle. Le môle des Noires est cette jetée de 500 mètres de longueur qui protège l’avant-port. Du bastion St-Philippe au bastion St-Louis, les remparts longent le célèbre alignement dit des maisons de corsaires dont la plupart des façades ont été reconstruites à l’identique après 1944. Le célèbre R. Surcouf a habité l’une de celles-ci, près de la Porte de Dinan. Cette dernière forme la sortie de l’intra-muros. Les maisons qui bordent le bastion Saint-Louis sont les seules de cet alignement à avoir échappé à la destruction de 1944. Elles sont datées de 1727. L’hôtel d’Asfeld, édifié pour l’armateur Magon de La Lande, sur la rue de Chartres, est la plus remarquable de ces demeures. On retrouve ensuite les façades des immeubles reconstruits après 1944. La courtine de Chartres la tour sud de la Grand’Porte.

 

De la Grand’Porte à la Porte Saint-Vincent

 

La Grand’Porte faisait partie de l’enceinte médiévale. Elle est défendue par deux grosses tours rondes à mâchicoulis réunis par des trilobes. Elles furent restaurées à la fin du XVIe siècle. Avant 1793, un beffroi central avec horloge les surmontait et avant la construction des quais actuels, elle était précédée d’un ravelin où se trouvait la bourse des négociants. Au-dessus de la porte, côté ville, une casemate abrite une statue de la Vierge du XVe siècle, d’où le nom de porte Notre-Dame donné anciennement à cette entrée de la ville. Depuis le chemin-de-ronde, vue en perspective sur la Grand’Rue et le clocher de la cathédrale. C’est dans la Grand’Rue que se déclara en 1661 le premier incendie de la ville .

 

La courtine Saint-Vincent surmonte d’anciennes casemates louées à des particuliers depuis son édification, mais pouvant servir si nécessaire à la défense. Elle a été édifiée en même temps que la porte de ce nom lors du premier accroissement de 1708-1710